Il existe des hommes, mais aussi des femmes, que le temps consacré à leurs enfants ou à leurs vieux parents, n'empêche pas de se réaliser : ils ont des activités sociales, ils font quelque chose de leur vie et leurs amis ne manquent pas à l'appel.
Quand je suis tombé sur "NO KID - 40 raisons de ne pas faire de ne pas avoir d'enfant", de Corinne Maier, j'ai voulu savoir ce qui motive les autres. Et je n'ai pas tout compris.
Car ce bouquin est l'auto-analyse d'une personne qui n'a jamais quitté son adolescence. Puisqu'elle revendique à chaque page le droit de réaliser ses désirs, on apprend ce qui motive Corinne Maier dans la vie : boire des coups avec des copines (elle ne dit jamais des amies), sortir au cinéma dès que ça lui chante, se coucher très tard et faire la grasse matinée.
Pour ce faire, il faut qu'aucun obstacle matériel ou humain ne vienne s'opposer à sa sacro-sainte liberté individuelle, celle que sa mère a refusée de revendiquer pour elle-même toute sa vie en s'accrochant désespérément à son père.
Au détour de sa description des souffrances de l'accouchement, Corinne Maier reconnaît qu'elle n'a jamais souffert. Les autres éléments qu'elle divulgue sur sa vie privée confirment qu'elle a juste grandi dans le coton, ce qui reste le meilleur moyen de ne rien comprendre à la vie.
Je ne fais pas l'éloge d'une vie de souffrance et de pauvreté, mais mes parents à moi, aussi aisés qu'ils furent, m'ont toujours dit d'être sensible aux difficultés des autres, en particulier les plus faibles : car c'est dans ces moments-là que la dimension sociale de notre existence prend tout son sens.
La vie sociale ne ressemble pas un "camp de concentration", en démocratie, comme Maier ose le dire avec une obscénité crasse. On ne peut refuser les contraintes de la vie en société que si on a les moyens physiques et financiers de se passer de tout le monde.
Et encore, faut-il fermer les yeux sur le fait que tous ces autrui qui nous insupportent contribuent, par leur dur labeur quotidien, à nous fournir tout ce qui nous permet de rester chez soi, dans son joli salon, à écouter des gens qui viennent pleurer sur leur enfance.
Pas des amis qui viennent chercher une épaule consolatrice : des patients qui payent pour ça. Car Corinne Maier est psychanalyste, ce qui est un métier aussi respectable qu'un autre, même si l'empathie du thérapeute est bien mieux rémunérée que l'écoute gratuite d'un ou d'une vraie amie.
Une chose est sûre : les ressources financières accumulées avec cette activité asociale ont sans doute permis à notre pamphlétaire nombriliste de se payer des séjours en Floride pour profiter des Childfree Zones. Tant mieux pour elle. Telle est la voie de sa réussite et de son émancipation.
Je n'ai ni le temps ni l'envie de répliquer à ses 40 arguments, car je considère qu'il n'existe aucune bonne ou mauvaise raison de faire des enfants. Le féminisme, s'il a un sens, consiste à laisser chaque femme libre de faire le nombre exact d'enfants qu'il lui plaît. Ou de ne pas en avoir, ce qui est très respectable aussi.
Mais je voudrais avancer un seul argument face à une position de Corinne Maier, très classique, celle qui consiste à ne pas vouloir augmenter l'armée des mères de famille qui se désespèrent de devoir gérer leur marmaille auprès d'un conjoint lâche et incapable d'assumer sa propre progéniture.
Un argument que toutes les "merdeufs" qui ont détesté faire et s'occuper d'enfants conçus avec un homme lâche et totalement inattentif à son entourage devraient méditer deux secondes.
Il y a des millions d'hommes ici-bas. Pourquoi diable choisir, pour se reproduire, le mec le plus con et le plus égoïste des alentours ?
Si je peux me permettre une piste, pour ne pas se tromper : éviter comme la peste ceux que ça excite de sortir avec une éternelle ado égoïste.
PS : Bien plus instructif, sur le même sujet, est l'ouvrage collectif "Nullipares, et alors ?" (Editions Points 2025), coordonné par Chloé Delaume, et que je commenterai dans un autre article.