Le futur de l'an 2000 est déjà devenu ringard...

Rien de ce qui devait se produire s'est produit, en l'an 2000. Dans l'ensemble, c'est à la fois bien moins fou mais pire encore que ce qu'on imaginait quand on étaient petits.

Quand j'aurai 66 ans, ce qui ne saurait trop tarder si ma bonne étoile ne se met pas en grève, j'aurais vécu autant au 20e siècle qu'au 21e.

Ce qui signifie que j'aurais passé 33 ans à attendre l'arrivée de l'an 2000 et les 33 années suivantes à me souvenir de cette année charnière. Et je peux d'ors et déjà dire que, vue du XXe siècle, cette année n'avait pas le même profil que vue d'aujourd'hui. Il y a vraiment eu deux "an 2000".

Celui que l'on voyait venir depuis les années 70 et 80 était un futur hyper technologique un peu inquiétant. C'est qu'à l'époque, la technologie était systématiquement vue comme une fabrique de machines à alléger la pénibilité du quotidien, où tout serait plus pratique, plus léger, un peu plus speed mais à peine.

En vérité, ça ne nous faisait pas tant rêver que ça. Le seul truc plaisant c'était d'imaginer qu'on volerait en permanence (même le skateboard de Marty MacFly volerait). On imaginait aussi que les ressources naturelles qui nous manqueraient, la technologie nous en fournirait des substituts approximatifs.

En ce qui me concerne, l'idée de remplacer une bonne flambée par l'image d'un feu de bois, je trouvais ça absolument ridicule... Désolant, même.

Mais une vie, ça file. Et j'aurai bientôt fait le grand écart à cheval sur l'an 2000.

Que sera donc devenue cette année symbolique dans quelques années ? Aura-t-elle été l'année de toutes nos craintes ?

Pas du tout ! L'an 2000, vu de maintenant, c'était le paradis : les individus n'avaient pas tous un appareil ultra perfectionné greffé dans la paume de leur main. En fait, le téléphone n'étant pas encore intelligent, il ne nous obsédait pas beaucoup.

On se moquait pas mal des premiers geeks qui exhibaient de façon ostentatoire de gros engins nomades. On n'était pas pressés que soit mise au point l'intégration de toutes nos diverses activités audiovisuelles (écoute de musiques, photos, films, médias...) en un seul instrument. Personne, en l'an 2000, ne réclamait de smartphone. C'est l'offre qui a fait la demande. Revanche posthume de Say et de sa loi, si contestée par les keynésiens.

L'an 2000, vu de nos jours, ce ne fut pas une époque plus compliquée qu'aujourd'hui, comme pourraient le faire croire les facilités apparentes de la multifonctionnalité technologique des smartphones, c'était encore le temps d'une certaine simplicité : il existait un appareil pour chaque usage. Et si on n'avait pas le goût de l'image fixe ou animée, on s'en passait très bien.

On passait déjà quelques heures sur nos téléphones, mais juste pour se parler. Et au son de la voix de nos intimes, on en apprenait beaucoup plus sur eux qu'à travers un selfie passé au tamis d'un filtre rigolo.

Alors quand je me retrouve, ce soir, en train de lire un essai de science fiction près d'un téléviseur qui me renvoie le crépitement d'un feu de cheminée, une bouffée de nostalgie m'étreint, comme un regret du futur hyper technologique des années 2000 qui n'aura jamais eu lieu.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien