L'homme qui sauva Liberty Finance

Keynes a convaincu les dirigeants économiques du monde entier que la monnaie était le cœur du réacteur croissanciste. Être keynésien de nos jours est un pousse-au-crime. On ne peut détruire le monde "quoi qu'il en coûte".

De tous les regards porté sur le monde, le discours économique est sans doute celui qui est le plus imprégné de la volonté d'offrir un récit attrayant.

On se souvient de la fameuse formule qui concluait "L'homme qui tua Liberty Valance", de John Ford : "Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende".

L'entêtement des économistes à se persuader que les mêmes causes pourraient subitement, juste parce qu'on le désire ardemment, ne pas produire les mêmes effets, est assez troublant.

Ainsi de la création monétaire. Celle-ci a toujours, historiquement, causé des crises financières majeures. Mais on ne veut pas le voir. La raison est simple : la stimulation qu'apporte l'afflux de capitaux dans des économies à bout de souffle est trop précieuse pour qu'on s'en prive. C'est le premier apport de Keynes (et pas forcément le plus important).

Il est presque amusant de lire, presque 20 ans plus tard, ce que les experts de la Banque de France écrivaient dans leur bulletin du mois de février 2007, un peu plus d'un an avant l'explosion de l'une des plus grandes crises financières de notre histoire :

"De nombreux observateurs soulignent aujourd'hui l'abondance de la liquidité dans le système financier international (...) Malgré tout, la hausse des prix à la consommation est demeurée globalement maîtrisée et les anticipations d'inflation ancrées à un faible niveau."

En gros, ils sentaient bien que quelque chose d'anormal se tramait mais ils ne voyaient pas trop quoi. Ah si ! La bulle immobilière...

"Seuls les prix des actifs immobiliers financiers ont augmenté rapidement. Y'a-t-il un lien de cause à effet avec l'expansion de la liquidité ? On ne dispose pas à ce stade d'un cadre complet d'analyse théorique. Néanmoins de nombreux indicateurs permettent de le penser".

A l'époque, il existait bien un modèle qui permettait de se dire que tout cela finirait mal, mais il était déjà obsolète : l'euphorie boursière allait enrichir tout le monde, des grosses banques aux petits épargnants. L'économie libérale allait faire ruisseler ses bienfaits sur le monde.

Aujourd'hui, on sait ce qui s'est passé.

Tout s'est effondré, et les États ont renfloué une économie en crise par excès de capitaux en y injectant... toujours plus de capitaux.

Nous nageons toujours dans un océan de liquidités qui vont se placer où elles peuvent. Hier dans les prêts hypothécaires pour les pauvres, aujourd'hui dans l'IA et demain dans la transition énergétique, avec un peu de chance...

Mais quel que soit le but qu'on cherchera à atteindre, une débauche de création monétaire ne pourra que mal se terminer.

Les économistes qui écrivent la légende keynésienne, même à la sauce écolo, le savent mieux que personne. Pousser les banques centrales et les États à ne pas regarder à la dépense est le seul moyen de sauver la seule organisation systémique qui soit plus fragile que le climat : l'économise mondiale financiarisée, qui cherche à faire de l'argent avec de l'argent.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien