Goujaterie ou sexisme ordinaire : quand les hommes poètes se font odieux

"Madame Nostalgie", chanson écrite par Georges Moustaki pour son ami Serge Regianni, tous deux anciens amis/amants de Barbara, est un sommet de misogynie.

Pendant que quelques néo-féministes cherchent des poux dans des tonsures irréprochables, comme celle de Brassens dont la poupée avait 10 ans de plus que lui, il n'en reste pas moins que beaucop d'hommes artistes ont eu des comportements inqualifiables face à certaines femmes, artistes ou non artistes.

Certes, il y avait dans le lot pas mal de groupies, plus ou moins consentantes, abusées par un chanteur à la voix cassée. Mais il y eu aussi celle qui fut sans doute la plus grande chanteuse à textes du XXe siècle : Barbara.

Qu'elle fut ou pas l'amante de Moustaki ou de Reggiani (ou que, eux, furent ou pas ses amants) m'indiffère totalement. Mais il se trouve que les deux lascars se sont mis en tête de pondre une chanson vengeresse contre la longue dame brune, d'une façon assez subtile pour que je n'y vois que du feu pendant près de 50 ans.

Moustaki a écrit les paroles de ce pamphlet anti-Barbara dont Reggiani a fait un succès sous le titre de "Madame Nostalgie".

Les allusions à la chanteuse, que je n'avais pas vues, sont évidentes : ils évoquent avec ironie ses insomnies, son mal d'amour, et même Nantes, ("tu pleures sur un nom de ville", chantent-ils. Quelle indécence, quand on connait cette terrible histoire...).

L'attaque, de nos jours, se plaiderait en justice pour diffamation, en particulier pour ses attaques sexistes : Barbara/Nostalgie est décrite comme vieille ("tes branches n'ont plus de fruits"), radoteuse ("tu causes, tu causes, tu causes...") et triste ("tu pleures, tu pleures, tu pleures...").

Les gars s'en tirent crânement en déclarant lui préférer "les bras d'une belle qui ressemble à la vie", ce qui est, en fait, l'excuse bidon de tous les vieux beaux qui se payent une nouvelle jeunesse, la cinquantaine venue, dans les bras d'une gamine de vingt ans qui a manqué de Papa.

Découvrir si tardivement cette chanson odieuse m'a mis hors de moi. Mais si les attaques sexistes sont insupportables, elles n'épuisent pas les questions que posent cette chanson.

Car, au fond, c'est le problème de la nostalgie qui se pose ici, et aussi celui de la joie ou du mal de vivre.

Vivre est douloureux, souvent. Évidemment, le vécu d'un inceste paternel rend ce passé presque insupportable. Et reprocher à une victime de vivre sans parvenir à se remettre d'un tel traumatisme est une infamie.

Mais Barbara ne fut pas une victime comme les autres. De sa douleur, elle a fait une œuvre. C'est une rescapée, un cas de résilience étonnant, admirable. Sans doute elle même ne savait pas, dans sa jeunesse, que son talent la sauverait.

Quant aux deux "pauvres imbéciles" (je leur retourne les termes dont ils affublent publiquement celle qui les a portés en début de carrière), ils friment en glorifiant ceux qui jouissent de la vie.

Ils reprochent à Barbara d'avoir eu peur de la mort. Alors que tous ces hommes qui profitent du jour présent sans aucune compassion pour quiconque ayant un peu souffert ont, pour leur part, peur de la vie, la vraie.

La vie qui marque les âmes au fer rouge et nous rend forcément nostalgiques des bonheurs perdus.

Réponse à Madame Nostalgie (paroles de Jean Latreille, sur la musique de Georges Moustaki)

Réponse à "Madame Nostalgie"

1. Madame Nostalgie
Là où tu es, tu dois te dire
Qu'il n'y a décidément pas pire
Qu'un homme qui ne sait pas aimer

Madame Nostalgie 
C'est le genre d'hommes qui te délaisse 
Et qui t'attaque et qui te blesse 
Qui rêve de te faire payer

Madame Nostalgie 
Tu n'y peux rien si le temps passe 
Et si c'est lui qui nous ramasse 
Nous et nos sentiments cassés 

2. Madame Nostalgie 
Ceux qui n'habitent nulle part 
N'ont ni racine, ni mémoire 
Ni stèles pour d'agenouiller

Madame Nostalgie 
Les lieux gardent de nous des traces 
Des blessures taillées dans la masse 
Que rien ne saurait effacer

Madame Nostalgie 
On naît et on meurt quelque part 
C'est pour ça qui rien ne sépare 
L'amour et la géographie

3. Madame Nostalgie 
Pardonne leur d'être infidèles 
Et de courir après des belles
Qui ne les satisfont jamais

Madame Nostalgie 
Ce qu'ils appellent des conquêtes 
Ne sont que des victoires en fait 
Sur leurs terreurs de nouveau-nés 

Madame Nostalgie 
Si toi, tu sais rester solide
Tu ne rempliras pas le vide 
Qu'ils n'arrivent pas à combler

4. Madame j'ai envie 
De dire aux jouisseurs
Allez répandre ailleurs 
Votre peur de la vie

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien