"L'action de l'homme, et elle seule, est bien responsable de l'augmentation du CO2 atmosphérique".
Le chapitre "Changement climatique et population" de cet essai commençait pourtant bien. C'était il y a plus de 30 ans...
Mais tout est dans le "mais".
"La complexité du système d'ensemble interdit de tirer des conclusions d'une corrélation comme la précédente : ce n'est pas parce que le CO2 augmente aujourd'hui que la température va monter comme au cours des derniers 300.000 ans, puisque la circulation des eaux océaniques n'est plus bloquée par une glaciation comme à l'époque".
En fait toutes les prévisions alarmistes reposent sur des modèles climatiques, précise Le Bras. Et les modèles, on sait bien ce que ça vaut...
Il ajoute : "C'est à leur résultat que nous devons toutes les appréhensions sur l'effet de serre. La plupart d'entre eux donne une élévation moyenne de température de 4 à 5°C au cours des 100 prochaines années. La similitude des résultats ne doit pas faire illusion. Elle tient à la similitude des méthodes et des hypothèses : elles ne font pas intervenir l'inertie des océans, ni les fluctuations astronomiques."
Voilà de quoi rassurer le lecteur de gauche anti malthusien. Aucun déterminant physique ou biologique ne pourra surpasser la force de la volonté politique.
"Affirmer le primat du problème de la population c'est, après le primat des armes puis celui de l'économie, réduire une fois de plus la société à des facteurs physiques, c'est une fois encore prôner la domination des marchandises et des nombres sur les hommes et les idées."
Et voilà : ce sont les idées qui mènent le monde.
On s'étonnera de voir aujourd'hui ce grand démographe lutter contre le racisme en affirmant que les faits statistiques donnent tort aux racistes dont les idées ne sont pas légitimes...
Pas plus que celles du malthusien Paul Ehrlich qui faisait "grimper l'inquiétude dans son style flamboyant" en 1990. Il n'excluait pas pour 2100 "une hausse du niveau de la mer supérieure à 1m qui entraînerait une catastrophe côtière dans l'ensemble du monde : des millions de morts causés par des tempêtes, des villes abandonnées, de la bonne terre agricole inondée, des canaux salinisés, et des millions de réfugiés écologiques..." ainsi que "la déformation des rails de chemin de fer et la fusion de l'asphalte des routes". On se croirait chez Tintin et l'Étoile mystérieuse, commentait notre démographe débonnaire.
De toute façon tout a toujours changé, ajoutait-il, pensant tacler ainsi les conservateurs de droite qu'il a toujours eus dans son viseur.
"La société change partout et sans arrêt. Le changement climatique ne sera ni le plus grand ni le plus rapide des chamboulements actuels et futurs. On ne voit pas pourquoi les espèces humaines n'y feraient pas face."
Avec des ennemis comme celui-là, les climatosceptiques de droite n'avaient pas besoin de se chercher des amis.
Et les générations nées il y a 30 ans n'ont plus besoin de se demander pourquoi on n'a rien fait depuis leur naissance.
Les limites de la pensée anti-malthusienne sur les limites planétaires
En 1994, le démographe Hervé Le Bras publiait un essai sur les limites planétaires, qui pouvait passer pour relativement en avance sur son temps. Patatras ! Pour mieux souligner l'importance des politiques à mettre en œuvre pour changer le système, il en venait presque à minimiser l'ampleur du changement climatique.