Quel argument peut-on tirer de la supériorité de l'efficacité énergétique des moyens de transport électrifiés sur celle des moteurs fossiles ?
La logique est la même que pour la substitution des ampoules à incandescence par des ampoules à LED. Dans le premier cas, 95 % de l'énergie consommée par le dispositif lumineux finissait en émission de chaleur. Seuls 5% de l'énergie mobilisée produisait de la lumière...
Pour les ampoules à diode, la moitié seulement de l'énergie finit en chaleur. L'économie d'électricité est réelle.
En revanche, rien ne fonctionne de la sorte quand on passe des voitures thermiques aux voitures électriques. Pour la bonne raison que le vecteur énergétique change en même temps que le mécanisme de transport.
Pour le dire simplement, les voitures à essence gaspillaient de l'essence, alors que les voitures électriques vont "économiser"... de l'électricité.
Je mets "économiser" entre guillemets dans la mesure où les véhicules électriques n'ont jamais vraiment "gaspillé" d'électricité. Par construction, un moteur électrique transforme l'essentiel de l'apport énergétique en mouvement rotatif. Pas besoin, comme le moteur à essence, d'activer par explosion des pistons qui vont laborieusement transformer des mouvements linéaires en mouvement rotatif par un jeu savant de vilebrequins. Si le système est ingénieux, il est loin d'être efficace, dans la mesure où la chaîne qui va de la consommation d'énergie au déplacement attendu est loin d'être la plus courte possible. Et dans l'intervalle, il se perd pas mal d'énergie.
En revanche, dire que l'énergie perdue (ou non utilisée pour le déplacement) dans les moteurs thermiques sera "économisée" par les moteurs électriques est un mensonge.
Ces "pertes" qui disparaissent ne deviennent pas des gains, en vérité : cet argument est irrecevable et devrait être remplacé par un autre bien plus percutant : c'est toute la consommation d'essence du moteur thermique qui est économisée par le passage au moteur électrique ! Voilà où se trouve le gain réel.
Alors pourquoi ressasser cet argument de l'efficacité d'un système énergétique sur un autre, puisqu'une unité d'énergie fossile n'a rien à voir avec une unité d'énergie électrique ?
A mon avis, cela révèle quelque chose d'essentiel, qui relève de l'imaginaire économique : celui de la recherche permanente de l'efficacité maximale.
C'est à se demander si, au fond, les voitures électriques sont moins préférées par leurs promoteurs pour leur capacité à ne pas émettre de GES que parce qu'elles seraient plus performantes.
Or, à ce jeu de la recherche constante de performance, le climat a tout à perdre. Car le système le plus performant est toujours celui qui contribuera le plus à la destruction méthodique du monde.
L'urgence n'est surtout pas de trouver des moteurs plus efficaces que les moteurs à essence, mais des moteurs qui le seraient beaucoup moins, et qui seraient les seuls utilisables.
Les vraies économies pourraient alors commencer.
Peut-on parler d'efficacité énergétique quand on passe des fossiles à l'électrique ?
Les voitures à essence utilisaient de l'essence. L'efficacité de la transformation de chaleur en énergie mécanique n'en fait pas des systèmes moins efficace que l'électricité dont une plus grande part est mobilisée pour faire rouler le véhicule. Cette vision physique du problème occulte l'essentiel : à quel moment l'humanité cessera-t-elle d'utiliser de l'énergie pour détruire le monde ?