Reconnaissez-vous les uns les autres !

Une étude menée sur les bonobos et les chimpanzés révèle que les grands singes se souviennent de leurs amis et de leur famille même après des années de séparation.

Les êtres humains ne peuvent pas vivre sans tisser de liens. Ne serait-ce que parce qu'à la naissance, nous sommes l'une des rares espèces à venir au monde sans être mature et autonome.

Cette caractéristique se nomme l'altricialité : une espèce est dite altriciale lorsque la croissance et le développement des enfants nécessitent des soins post-nataux prodigués par des individus adultes.

De nombreuses espèces de mammifères connaissent l'altricialité primaire, qui se caractérise par les soins aux nouveaux nés pendant quelques semaines ou mois.

Mais Homo sapiens se caractérise par l'importance de son altricialité secondaire : il faut des années, bien plus d'une dizaine, pour que le cerveau humain ait fini de croître (le cœur également, et certains autres organes).

Cette longue période crée chez l'espèce humaine un besoin de protection des individus qui marque durablement leur vie et que l'on nomme l'enfance.
Cette période est propice à de nombreux apprentissages dont le plus abouti est sans doute celui du langage et du symbole. Les êtres humains sont donc, par nature -si j'ose dire- des êtres de culture.

D'autres espèces animales ont une sociabilité, voire une culture. Certains animaux mentent à leurs congénères, on le sait. Beaucoup ont des rituels, des sentiments, des amis et même une vie conjugale. Mais l'être humain, en raison de la longue période de socialisation qui inaugure sa vie, est le plus culturel et le plus social de tous les animaux.

Cela permet de comprendre ce que l'être humain recherche dans les liens sociaux : retrouver ce qu'il appris à en tirer dès l'enfance, de la protection et de la reconnaissance.

La famille est la mieux placée pour répondre à ces deux demandes : elle nous protège, tout en nous offrant une place dans le monde qui est rassurante, à défaut d'être toujours confortable.

La famille, en nous inscrivant dans une lignée, en faisant de nous l'un des membres qui prolonge une histoire, en nous nommant et nous identifiant au sein de cette lignée, nous reconnait comme un individu particulier dont la place est unique.

L'individualisme galopant, qui est devenu la norme de nos sociétés occidentales en moins d'un siècle, nous pousse à croire que tout cela est dépassé, et qu'on pourrait fort bien se passer d'une protection trop étouffante, voire parfois "toxique", et se contenter de n'être reconnu que par ceux que l'on se choisit comme famille d'élection.

L'État est toujours plus appelé en renfort pour offrir aux individus la protection que la famille, de plus en plus atomisée, ne parvient plus à fournir. Et même la "reconnaissance" que les autres groupes sociaux, souvent hostiles, nous refusent.

Pourtant, il me semble que dans notre empressement à réclamer une protection et une reconnaissance qui nous manquent et qui nous seraient dues, peu de gens se demandent et s'inquiètent de savoir : "Et moi, qui est-ce que je protège ? Et quelles sont ces personnes à qui j'offre une reconnaissance qui les aide à vivre ?"

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien