Notre incrédulité face à l'avenir cimatique...

Qu'est-ce qu'il nous est si difficile de croire, dans le changement climatique ?

Il n'y avait pas meilleur choix de film, la veille du jour de l'an, que de revoir "Le jour d'après".

C'est ce que j'ai fait avec un grand bonheur de spectateur qui aime les films à grand spectacle. Un scientifique est surpris de la rapidité avec laquelle survient une catastrophe qu'il était le seul à avoir prédis : l'arrêt brutal du Gulf Stream en raison de l'arrivée des eaux glacées de l'Arctique en fonte, qui descendent sur l'hémisphère Nord.

Le scientifique va tout de même faire une opération de la dernière chance pour récupérer son fils coincé dans la grande bibliothèque de New-York. Et ce malgré les -65 degrés Celsius annoncés dehors. Un temps à ne pas mettre un scientifique dehors, alors que les loups échappés du zoo local semblent retrouver leur climat favori.

Bref, on aura compris que d'un point de vue scientifique tout ça laisse un peu à désirer, mais ce n'est pas ce qui importe.

Comme spectateur, j'attends d'un film qu'il me demande de suspendre mon incrédulité à une seule condition : qu'il me fasse rêver ou réfléchir en retour.

Curieusement, ce n'est pas ce que disent les personnages les uns aux autres qui importe, mais ce qu'ils disent aux spectateurs. "Si on ne réagit pas, il sera trop tard". C'était déjà un message fort en 2004. Mais près de 22 ans plus tard, ça sonne comme un ultimatum.

Et le refus d'agir du vice-président, au motif qu'il existe une chose plus fragile que le climat, c'est l'économie mondiale, est une réflexion tout à fait pertinente.

Après, que les personnages se mettent tous à prier quand il n'est plus possible de rien faire rappelle au spectateur à quoi ont toujours servi les religions : à consoler des promesses que nos sociétés sont incapables de tenir.

Si le grand public a plutôt bien accueilli ce blockbuster, ce n'est pas le cas des critiques de cinéma. Évidemment, ce boulot n'est pas un repaire de décroissancistes écolos, mais quand même.

Trente ans après le rapport Meadows, un film grand public alertait l'opinion publique sur la possibilité qu'il pourrait y avoir un impact climatique du aux activités humaines (à l'époque ce n'était qu'une hypothèse émise par quelques météorologues, pas une certitude scientifique).

Et que reprochait on, en France, à ce film ? L'omniprésence à l'écran du logo de Fox news dont se dirait maintenant qu'ils ont eu du courage de s'afficher dans un film climato-effondriste ?

La stupidité des dialogues remplis de gens qui se disent qu'ils s'aiment avant d'être privés de la possibilité de le faire ?

Une vision de la nature vue désormais comme une menace venue du ciel ou des loups livrés à eux mêmes ?

Tout ça à la fois, et puis surtout que l'ensemble était bien peu réaliste.

En effet, il y a 22 ans, l'idée que le climat se détraque totalement était une hypothèse encore un peu excessive.

En 2026, c'est l'idée qu'on puisse éviter ce dérèglement qui nous demanderait maintenant une énorme suspension d'incrédulité.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien