Le lien entre démographie et production de richesses : une évidence statistique.

En un graphique, comprendre pourquoi ceux qui veulent sauver la croissance sont tous natalistes. Un mystère demeure, cependant : pourquoi les décroissants ne sont-ils pas tous malthusiens ?

C'est un cas d'école d'analyse économique : le lien entre la population et le PIB.

Bastien Drut vient de publier chez De Boeck Supérieur un petit fascicule d'une centaine de pages de données et de visuels censés éclairer les enjeux économiques de notre temps.

Le travail est propre et sérieux, et stimule la réflexion. Mais il permet aussi de s'interroger sur la façon dont on peut faire parler les chiffres en économie. En témoigne le graphique sur le lien entre la croissance démographique et la croissance économique.

Au prix de quelques arrangements avec la temporalité (regardez de plus près les premières périodes et vous verrez qu'elles ont été choisies pour trouver une relation ad hoc), il semble incontestable que la théorie mainstream de la croissance est vérifiée : la croissance démographique semble tirer la croissance économique.

Certes, la natalité des années 40 n'a pas suffi à maintenir une croissance suffisante en période de guerre : ce facteur de croissance est nécessaire mais pas suffisant.

Relation fragile, donc, même si les courbes se superposent joliment...

Évidemment, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le sens de la causalité qu'on nous propose. Et si c'était la hausse du PIB qui faisait augmenter la natalité ? Les raisons ne manquent pas pour le justifier (amélioration des conditions de vie, baisse de la mortalité infantile, etc.). Mais alors pourquoi la hausse démographique n'est-elle pas repartie dans la période 1980-2010 ?

Finalement, la question se pose de savoir si l'on ne serait pas en train d'observer ce que l'on veut nous faire voir. Ou pour le dire autrement, que l'on vérifie que ce qu'on a posé comme hypothèse est bien vérifié par le graphique que l'on a fait à dessein pour le mettre en évidence.

La pratique est courante. Vincent Mignerot a montré dans ses travaux que les modèles de transition énergétique présupposent une croissance économique due à la hausse de la production d'énergie non fossile modélisée en prolongeant les tendances de production électrique et les évolutions de la production qu'elles permettent : en gros, on démontre que ce qu'on croit possible va se réaliser. Sans jamais dire comment.

La question, ici, est de se demander « comment » augmente la population : car les facteurs de la hausse démographique sont multiples et à vrai dire, souvent mystérieux. Le ralentissement de la hausse l'est tout autant même si l'on ne manque pas de spécialistes du déclin civilisationnel convaincus de comprendre ce qui se passe dans les lits conjugaux.

La croissance économique reste également un mystère. Et ce n'est pas moi qui l'affirme, mais la « Nobel » d'économie 2019, Esther Duflo : « Malgré tous les efforts de plusieurs générations d'économistes, les mécanismes profonds de la croissance économique à long terme restent mystérieux ».

Elle ajoute : « Personne ne sait si la croissance va repartir dans les pays riches ni ce qu'il faudrait entreprendre pour la favoriser ».

Si, on sait : il faudrait que la natalité retrouve les niveaux qu'on lui connaissait au XX° siècle. 

Mais les femmes fécondes du monde entier ne semblent pas motivées par ce projet. 

Pour mille raisons dont la plupart échappent totalement à la logique économique.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien