"Chasseurs d'Etat : les fonds vautours et la loi de New York à la poursuite de la souveraineté"

Benjamin Lemoine montre dans cet excellent essai comment la finance mène vraiment le monde.

A première vue, le clivage est simple :

à droite, on veut absolument réduire la dette qui appauvrit le pays et entraine une hausse des prélèvements fiscaux qui pèsent sur ceux qui peuvent payer des impôts ;

à gauche on pense que la dette, si elle est le fruit du financement de services publics et qu'elle satisfait des besoins sociaux ou environnementaux, est utile à la cohésion sociale.

Simplifions à l'extrême : pour la droite et les forces de l'argent, la dette c'est mal, et il faut donc la réduire en exigeant des efforts de tous, alors que pour la gauche, elle est socialement utile et les conséquences sociales de sa réduction seraient pires que son maintien dans des proportions supportables.

Sur la base de la seule question « à qui profite la dette ? », on pourrait pourtant voir les choses autrement.

Car quand un État augmente sa dette, il doit trouver des créanciers (= des prêteurs). Très souvent, il s'agit d'acteurs privés ou semi-privés. Pour faire simple, prenons le cas des banques : celles-ci ont ont la capacité de créer de la monnaie pour la prêter . De même qu'elle financent votre investissement immobilier, elles investissent dans la dette publique. Celle-ci est plutôt un bon placement, car les États ne meurent pas. Au pire, ils se déclarent en cessation de paiement auprès de leurs prêteurs, mais ça dure rarement longtemps.

Benjamin Lemoine a montré récemment comment les fonds vautours s'assurent que les États paieront, en s'appuyant sur « Le consensus de Wall Street », une doctrine qui s'est imposée progressivement, en s'appuyant sur le droit américain, pour imposer l'idée que le financement de la dette publique relève du droit privé, et donc pas de la souveraineté des États.

Conséquence : un État peut être poursuivi devant les tribunaux (de New York en particulier) jusqu'à ce qu'il rembourse sa dette.

D'autant plus que ces fonds ont en général la bonne idée d'acheter la dette de pays qui vont mal : cette dette est alors bradée à vil prix sur les marchés financiers. Il ne reste ensuite qu'à lancer des procédures juridiques agressives pour obtenir le remboursement de la dette publique à sa valeur d'émission. Bingo !

Ainsi, quand on voit à quel point la dette peut enrichir les spéculateurs internationaux (à la fois en leur fournissant de l'argent frais et des occasions de faire des opérations juteuses), on a du mal à comprendre comment la gauche peut chanter les louanges d'un tel système. De même que la droite aurait tort de priver les riches spéculateurs d'une telle source de profit.

Avec une pointe de mauvais esprit, on pourrait alors voir une stratégie sournoise de la droite dans sa façon de proposer des plans de restriction budgétaire qui seront à coup sûr refusés à grands cris par la gauche et les populistes.

Car c'est une bonne façon de s'assurer que les ennemis jurés de la finance mondialisée se mobiliseront de toutes leurs forces pour sauver l'une des plus belles sources de profit des spéculateurs internationaux.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien