Le pétrole, c'est un vrai truc de mec...
Désormais, tout le monde connait l'expression « drill, baby, drill », reprise par Donald Trump dans son discours d'investiture à la Maison Blanche. Reprise d'un discours du républicain Michael Steele lors de la convention républicaine de 2008, cette expression ne vient pas de nulle part.
En 1973, David Bowie sortait son album le plus célèbre, « Aladdin Sane » dans lequel on pouvait trouver une chanson intitulée « Cracked actor ». Les paroles de cette chanson sont celles qu'une vedette sur le déclin adresse à une jeune prostituée.
Dans un couplet, il l'encourage à faire son « travail » dans les termes suivants :
Suck, baby, suck, (Suce, bébé, suce),
Give me your head (Fais-moi une fell*tion)
Before you start professing (Avant de raconter)
That you're knocking me dead
(Que tu me mets KO)
C'était évidemment très glam-rock, sombre et ténébreux, chez le chanteur britannique androgyne.
Quelques années plus tard, en 1987, en France, Serge Gainsbourg, qui aimait jouer au type malsain (en anglais « a lad insane » est le titre caché de l'album de Bowie) emprunta l'expression « suck, baby, suck » pour en faire une chanson entière, au titre éponyme.
Vingt ans plus tard, avec un gros coup de promotion de l'industrie p*rnographique, cette expression s'est donc retrouvée dans la bouche du 47° président de la première puissance mondiale, sans que beaucoup de commentateurs, ni commentatrices s'en offusquent. Et pourtant, il y aurait de quoi.
Car elle illustre parfaitement ce que Cara New Dagget nomme la pétromasculinité (ou pétrovirilisme)
Oui, le pétrole est un truc de mec : car il est la source de leur puissance mécanique (un adjectif qui n'a rien d'innocent quand on en sépare les trois syllabes...). Il existe peut-être même quelque chose qui rassure les hommes en question dans la consistance de ce liquide minéral qui leur rappelle, en négatif chromatique, celui qui symbolise, à leur yeux, leur propre puissance.
Mais c'est dans l'ordre donné par cette expression que se reflète le désir de domination proprement masculin. Trump lui-même n'a aucun souci à ordonner à la Terre de donner jusqu'à la dernière goutte de sa semence vitale pour la seule satisfaction de son plaisir personnel : faire plus de croissance, plus de pognon, et affirmer plus de pouvoir sur le reste du monde.
Au point qu'on pourrait se demander si la popularité de cette expression auprès de l'électorat, largement masculin, de Trump n'est pas la preuve que la croissance économique, elle-même, est avant tout un truc d'homme viril et violent.
Ironie de l'histoire, "Kill, Baby, Kill" était le titre américain d'un film d'épouvante de 1966 (de Mario Bava), dans lequel la meurtrière était le fantôme d'une jeune fille de 7 ans. Mais désormais, le tueur est bien un vieux mâle obsédé, ivre de pouvoir, et l'on ne joue plus à se faire peur.
Il ne leur reste plus qu'une couleur de cheveux en commun. Mais on sait lequel des deux est vraiment « A lad insane ».
Pétrole et virilité
Quand le président de la première puissance économique mondiale prend la planète pour une femme qu'il veut violer...