Faut-il tutoyer les femmes qui sont à notre service ?

Le tutoiement importé des USA n'aidera pas à rétablir le respect dû aux femmes...

"Je vous en prie, appelez-moi par mon prénom !"

C'est la deuxième fois ce mois-ci qu'une femme me fait cette proposition.
Et c'est la deuxième fois que je refuse.

Hier, c'était au cours d'une réunion dont l'ambiance était légère même si le sujet était grave.

Cette femme politique, après nous avoir parlé de ses deux enfants, car l'éducation était au cœur de nos préoccupations, a repris quelqu'un qui lui donnait du "Madame", pour demander qu'on l'appelle par son prénom.
Forcément, comme elle est jeune maman et que nous sommes entrés par cette information dans son intimité, le prénom allait de soi. Non ?

Et bien non, je ne crois pas.

Parler de ses enfants ne vous renvoie pas à un statut d'infériorité. A ce propos, pourquoi les nourrices se font-elles appeler par leur prénom ? Parce que l'enfant leur voue une certaine affection ?

Mais les parents, ce ne sont pas eux que garde la nourrice : alors pourquoi la tutoient-ils en la nommant par son prénom ? Pourquoi, si ce n'est pour rappeler que ce boulot de femme n'a rien de très prestigieux ?

D'ailleurs, de nombreux médecins entrent également dans notre intimité. Est-ce pour autant qu'on passe directement au prénom et au tutoiement ? Certainement pas. Un médecin, ça se vouvoie. Même si c'est une femme.

La deuxième personne qui m'a demandé (ou proposé, ou autorisé, c'était assez flou) de la nommer par son prénom est agente immobilière. On n'est pas trop dans l'intimité, là. On parle affaire, gros sous, stratégie de vente et avantages fiscaux. Et pourtant, contrairement à ses concurrents hommes que j'ai rencontrés, de nouveau le tutoiement devenait possible.

Pourquoi le faire, cette fois-ci ? Pour créer une relation de sympathie, de confiance dès les premiers échanges ? Parce que le sourire de l'agente est aussi un argument de vente ?

Franchement, si l'on veut du respect, il faut le demander. Fermement.

Je ne saurais trop suggérer aux femmes, s'il cela m'est autorisé, de poser le vouvoiement en préalable. Et aux hommes aussi, à l'égard des femmes. Même si elles proposent le tutoiement avec un charmant sourire.

Car le tutoiement, en France, est la marque de l'enfance ou de l'affection.
En l'absence de l'un ou de l'autre, il faut vouvoyer. Pour que cesse cette familiarité à sens unique envers les femmes, qui donne des idées de domination à beaucoup d'hommes.

Une fois que toutes les femmes qui ne sont pas nos intimes se feront appeler Madame, il restera l'essentiel à faire : changer le regard des hommes sur les "Madame" inaccessibles. Celles qu'on ne pourra pas "avoir", comme le chante Jul, ou qui se font plaisir sans hommes, comme le chantait Alain Bashung.

En fait, il faudra un jour que beaucoup d'hommes cessent de penser que la population féminine se décompose en deux groupes : celles qu'on "peut avoir" et les autres.

Car sinon, de plus en plus, les femmes décomposeront la population des hommes en deux groupes : ceux avec qui on peut vivre, parler, travailler, rire et échanger sans crainte, et les autres.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien