C'est une information qui a dû faire le tour du web il y a quelques années mais qui ne vient d'arriver jusqu'à moi que très récemment. Je ne peux donc pas m'empêcher de la relancer pour en tirer quelques leçons que je propose à votre réflexion.
En 2019, quelques geeks amoureux de raclette (car ce n'est pas incompatible) ont cherché comment fabriquer un emoji permettant de mettre en avant leur passion culinaire.
Cette tentative désespérée est racontée avec humour dans l'article mis en lien dans le titre de ce billet. Les leçons qu'on peut en tirer sur notre capacité d'influence sur les systèmes technologiques sont assez vertigineuses.
L'idée selon laquelle Internet serait un grand espace de liberté en sort bien maltraitée. La lecture des démarches entreprises par ce groupe d'informaticiens amateurs de fromage fondu nous permet de vérifier qu'un système technique est forcément soumis à des protocoles.
Internet n'est pas une auberge espagnole. Derrière les immenses possibilités d'expression qu'offre ce nouvel espace d'échanges se cachent des acteurs avec des stratégies et un pouvoir. Le pouvoir est de décider de ce qu'on pourra dire ou ne pas dire.
Il y a quelques mois, je me suis aperçu en dictant un post à l'application qui tape mes notes que je ne pouvais pas intégrer certaines insultes qui étaient systématiquement remplacées par une série d'étoiles cachant pudiquement la vulgarité de mes propos.
De même, l'article auquel je me réfère ici nous apprend que tout emoji qui pourrait contenir un double sens sexuel est banni par les sociétés en charge de faire accepter par tous les fabricants de matériel de communication certains emoji plutôt que d'autres.
C'est pour cette raison qu'il est très difficile de parler de saucisse sur Internet de façon imagée.
Alors, bien sûr, les individus rebelles ne sont pas en manque d'imagination et pourront toujours tenter de faire tomber les barrières procédurières mises en place par toutes les institutions qui gouvernent nos existences. Ainsi, je ne désespère pas que l'icône raclette, refusée il y a quelques années par les sociétés californiennes qui gouvernent le web, puisse se trouver une place, un jour, dans nos échanges entre gourmets français.
On peut même imaginer que cette icône porte un jour bien haut l'étendard de ceux qui refusent qu'on normalise nos existences selon les standards d'un pays déjà très hégémonique culturellement. Ce serait certes très symbolique et ferait sans doute le jeu de quelques nationalistes haineux ou indépendantistes savoyards.
Mais je ne serais pas fâché que nous puissions au moins une fois, même symboliquement, montrer que les habitants du pays des fromages qui puent résistent encore et toujours à l'envahisseur impérialiste.
Et cela, en tordant le bras aux procédures techniciennes qui nous vendent la liberté de ne dire que ce qui plaît à nos fournisseurs de matériels de communication.