The life of Chuck de Mike Flanagan

D'après une nouvelle de Stephen King

"Là où croît le péril, croît aussi ce qui rassure", pourrait-on dire en paraphrasant cette citation d'Hölderlin citée abondamment... pour rassurer ceux qui l'entendent (l'originale raconte, de façon très discutable que "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve").

Au fur et à mesure que les indicateurs de dangers s'accumulent et se confortent mutuellement, on voit émerger des récits dont la fonction évidente est de redonner espoir à ceux qui en manquent.

Alors quoi de mieux qu'un bon film Hollywoodien pour raconter de telles berceuses ?

Actuellement, "La vie de Chuck" vient jouer ce rôle de pansement existentiel à destination des bobos qui ont peur de mourir.

Rassurez-vous : je n'en dirais pas un traître mot et je vous conseille de rester à l'abri de toute information sur le film pour ne pas gâcher le peu de surprises qu'il recèle, si vous vouliez aller le voir pour vous faire votre avis.

Vous ne serez pas déçu de la forme, je vous assure : Stephen King sait inventer de belles histoires humaines et fantastiques, le réalisateur connait son métier et le casting est excellent (en particulier les quatre acteurs qui se partagent le rôle du personnage principal à différents âges).

Mais si vous vous attendez qu'on vous parle du monde tel qu'il va, vous en aurez pour votre argent. Ce film parle de Chuck et de sa vie, et de comment il l'a vécue.

Et l'objectif est qu'il ne soit pas trop triste à la fin, et nous non plus, si par malheur elle se finissait un peu prématurément.

Pour cela, il va falloir relativiser l'importance de son existence dans les malheurs du monde. Et c'est là que j'ai totalement décroché de la promesse de ce feel-good movie.

Car il ne relativise pas complètement l'importance de nos existences : il est même possible qu'il les surestime largement. Le propos n'est pas clair.
Seul l'effet sur le spectateur est gros comme un ficelle à rôti : il faut profiter de la vie, petit, parce que tout ça c'est précaire et à la fin, il n'y a juste plus rien.

Mais alors rien du tout. Nib. Que dalle. Le trou noir. La fin d'un univers.

Voilà. Du coup, on en sort un peu moins déprimé des évolutions environnementales ou géopolitiques. Tout ça aura une fin, c'est certain : celle du jour où on tirera notre révérence. La date est inconnue ? Alors faisons comme si c'était demain, tant qu'à faire.

"Carpe diem", on connaît la chanson. En oubliant que le professeur Keating qui transmettait ce message connaissait, lui aussi, son diagnostic fatal.

Mais une fois qu'on est bien rassuré et qu'on relativise les problèmes du monde on fait quoi ? Ben rien. Nib. Que dalle.

On profite de la vie. Ce qui n'a rien de honteux, certes.

Ce qui l'est un peu plus, c'est de prendre les évolutions dramatiques du monde tel qu'il est en train de dériver de façon accélérée pour dire aux gens de savourer les vers de Walt Whitman (encore lui ?)

"Votre route, ce n'est pas à moi, mais à vous,
à personne d'autre que vous de la parcourir".

Ca va bien nous aider, ça.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien