Ressources, un défi pour l'humanité Une BD de Philippe Bihouix et Vincent Perriot

C'est une sacrée aventure que de prendre la mesure des ressources de notre planète !

Cette aventure, Philippe Bihouix a décidé de l'entreprendre, guidé par Vincent Perriot (pas l'animateur de télé, son presque homonyme). Oui, j'ai bien écrit guidé par le dessinateur et pas par le scénariste, car si les apparences peuvent laisser penser que c'est Bihouix qui sert de guide dans ce monde fascinant des ressources avec lesquelles on fabrique le monde, c'est bien le dessinateur de cette magnifique BD qui nous sert véritablement de guide.

Car c'est lui qui nous donne à voir la beauté des ressources de la planète. Il y a dans les planches de ce très bel ouvrage de 180 pages des images étonnantes de toutes les inventions humaines. Car l'histoire que raconte Bihouix est, avant tout, celle des prouesses technologiques que l'humanité a accumulées pour obtenir le niveau de vie qui est celui des pays riches.

Une planche émouvante met d'ailleurs en parallèle la tranquillité des passants d'une ville occidentale et la dureté des humains du Sud qui vont prélever les ressources nécessaires à l'insouciance des sociétés repues.

Mais les ressources de la planète, ce sont aussi ses paysages naturels et sa faune (des scarabées aux baleines), auxquels V. Perriot donne une puissance étonnante, aidé en cela par des coloristes de talent, pour une fois mises en avant par les auteurs eux-mêmes.

Je ne crois pas avoir tourné une seule page de cette BD sans avoir été étonné, émerveillé ou ému par une nouvelle planche.

Cerise sur le gâteau : Bihouix rend un hommage délicat à tous les penseurs qui ont intégré la problématique des ressources dans leurs raisonnements. J'y ai donc retrouvé mes économistes et écologistes préférés. Dans le désordre, Paul Ehrlich, Georgescu-Roegen, Rachel Carson, l'équipe Meadows, et bien sûr, l'économiste le plus visionnaire, Thomas Malthus.

Malthus, auquel seule une prédation sans répit de toutes les ressources de cette merveilleuse planète aura permis de donner tort... jusqu'à ce qu'il ait raison. Car les ressources ne peuvent plus suffire à nourrir une humanité désireuse de se rendre maître et possesseur de la nature.

Et la planète ne peut plus absorber les déchets issus de la transformation inévitable de ces ressources en résidus solides, microscopiques ou gazeux qui envahissent les écosystèmes, jusqu'à nos organismes même.

Bihouix et Perriot rappellent que la croûte terrestre regorge encore de quoi, sur le papier, nourrir notre frénésie de ressources productives. Mais la prédation opérée sur ces ressources, de plus en plus coûteuses à obtenir (du point de vue financier autant qu'écologique), est une folie dont nos sociétés pourront de moins en moins assurer les conséquences.

Voilà : n'hésitez pas à embarquer pour cette folle aventure qui raconte comment l'humanité joue à éviter la mort (comme l'illustre la case ci-dessous, où l'on voit les deux protagonistes se jouer des faux des cavaliers de l'Apocalypse).

Un jeu vraiment dangereux.

  • “L'important, c'est ce qu'on va faire du temps qui reste” Gandalf, Lord of the Rings, JRR Tolkien