Les économistes adorent la transparence ! Ce serait en effet grâce à elle, si seulement elle existait, que l'on pourrait difficilement nous vendre une vessie pour le prix d'une lanterne.
Si l'on n'ignorait rien des conditions d'extraction des matières premières, de leur transformation et de la fabrication des produits que l'on achète, on ne serait peut-être plus disposés à les payer à un prix aussi faible.
Pour ma part, je n'accorde plus le même prix à mon téléphone depuis que j'ai parcouru "Barbarie numérique" de Fabien Lebrun.
Ce livre fait, une nouvelle fois, la preuve que malgré les déclarations enthousiastes des économistes, les producteurs comme les consommateurs ne courent pas après la transparence absolue.
Si l'on savait, en toute connaissance de cause, comment notre nourriture est produite, comment nos vêtements le sont également, comment sont fabriqués tous les objets que l'on aime se procurer à des prix défiants toute concurrence, il est certain que l'on comprendrait que les prix ne disent rien de la vraie valeur des choses.
Mais le pire mensonge des économistes n'est pas de nous faire croire que la transparence guide les actions des acteurs économiques. Le comble de l'escroquerie économique est de nous faire croire que les règles qui seraient bonnes en théorie pour le marché, le seraient également pour la démocratie.
Les deux hommes d'affaires qui dirigent depuis la première puissance mondiale depuis le 5 novembre 2024 sont de fervents défenseurs de la transparence. La planète entière est informée en temps réel de ce qu'ils pensent et de ce qu'ils font. L'un est incapable de retenir ses pensées les plus graveleuses pendant que l'autre n'arrive plus à cacher sa consommation de substances euphorisantes. Leur critique de l'ancien monde politique repose prioritairement sur l'argument selon lequel, avant eux, on nous cachait tout on nous disait rien et que désormais on nous dira tout et on nous cachera rien.
Ce qui est bon pour l'économie ne peut pas être mauvais pour la politique se disent ceux qui ne comprennent le monde qu'à travers les mécanismes marchands.
Il ne faut pourtant pas longtemps pour comprendre que la transparence absolue sème les germes du totalitarisme dans la vie politique. The Circle, une dystopie publiée par Dave Eggers en 2013, montrait dans un esprit de fiction orwellienne adaptée au monde des réseaux sociaux, que la transparence absolue signe la mort de la vie privée et le contrôle social total exercé sur les individus.
Mais le sommet de la perversité de ces vendeurs de transparence est d'avoir offert à tous les consommateurs et à tous les électeurs les moyens de cracher leur venin anonymement. Donnant ainsi aux maîtres du système les outils parfaits pour connaître toutes les pensées, les actions et les pulsions les plus intimes des consommateurs qui chantent les louanges de la transparence.
Barbarie numérique, de Fabien Lebrun Une autre histoire du monde connecté
Les économistes adorent la transparence ! Comme tous les maîtres du monde, ou ceux qui veulent le devenir.
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