"Le bruit de l'effondrement"
Voilà quel aurait pu être le véritable titre de ce troisième roman d'Abel Quentin, "Cabane".
Deux possibilités : soit vous avez lu le rapport Meadows et les noms de Nordhaus, Forrester et tant d'autres acteurs liés à la décroissance vous sont familiers. Dans ce cas, vous allez vous régaler. Car Abel Quentin a l'élégance de ne pas livrer toutes ses références de façon didactique : il ne propose pas un essai mais un véritable roman. Mais le décor de ce roman vous sera familier. En ce qui me concerne, étant lyonnais, j'ai profité jusqu'aux références des amis de la mère du narrateur dont les relations à Habitat et Humanisme me sont connues (bonjour Bernard Devert, vous êtes dans le bouquin !).
Je ne vais pas rendre service à l'auteur en révélant son penchant jancoviciste mais ce n'est pas très grave : les écolos ont déjà leur avis sur le rapport Meadows dont la réédition française a été préfacée par l'auteur du Monde sans fin. "C'était la seule chose qui me chiffonnait avec l'écologie politique : leur obsession de l'atome" confie le narrateur. On s'amuse donc à saisir au vol ces petites remarques, ainsi que l'évocation des noms de Pablo Servigne, Aurélien Barrau et Timothée Parrique.
Voilà pour les quelques happy fews qui vont tomber sur LE roman écrit pour eux. Mais c'est un roman sans concession, qui sonne comme un bilan de ce que l'on a soi-même vécu quand on vit avec le rapport Meadows depuis 10, 20... ou 50 ans. Car la puissance de la claque que certains disent avoir reçu en voyant les conférences de JMJ est directement proportionnelle à celle que le rapport Meadows a exercé sur ses premiers lecteurs, dont Jean-Marc Jancovici lui-même, sans aucun doute.
Pour ceux qui ne connaissent pas la destinée de ce rapport ou son existence même, il est tout aussi urgent de lire ce roman. Car l'auteur en parle avec une justesse extraordinaire, tant formellement (l'écriture est percutante et subtile à la fois) que dans le fond de ce qu'il analyse, que ce soit en théorie des systèmes, en mathématiques ou en thermodynamique.
Après, bien sûr, si le roman ne vous a pas plombé complètement, si vous êtes encore solide, il ne vous restera qu'à vous plonger dans le rapport Meadows, d'une lecture très abordable (mes étudiants s'y collent chaque année).
Vous y entendrez très distinctement l'écho du "bruit de l'effondrement". Car tel est l'effet principal de ce rapport sur ceux qui le lisent. Après l'avoir exploré, comme le dit Abel Quentin à travers la voix d'un personnage, "vous éprouvez les limites. Tout devient obsédant. La bétonisation qui progresse comme une lèpre et vous savez que c'est un processus irréversible. L'assèchement des sous-sols et vous savez que c'est sans retour possible. Vous voyez les flux toujours plus serrés qui sont comme des tumeurs malignes autour d'un cœur et le cœur s'emballe, de plus en plus vite. Tout est changé. Plus rien n'est innocent".
A lire sans attendre. Et sans espoir que ça se finisse bien.
Cabane Une fiction basée sur des faits extrêmement réels, par Abel Quentin
De la tiède insouciance des seventies à la gueule de bois des années 2020, Cabane est la récit d'une traque et la satire féroce d'une humanité qui danse au bord de l'abîme (présentation de l'éditeur).
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