Le patrimoine financier est-il de la richesse ?
A l'époque d'Adam Smith, l'auteur de "La Richesse des Nations" la notion de richesse (dont il cherchait la nature et les causes) faisait déjà débat. Mais pour la plupart des économistes, il s'agissait en fait du Revenu National (l'ancêtre de notre PIB).
Il n'est de richesse que ce qui se compte, en économie. On pourrait donc la mesurer en unités d'individus, pourquoi pas ("il n'est de richesse que d'hommes") On pourrait également la mesurer en quantités physiques : des tonnes de n'importe quoi, des hectares de terres ou des mètres cubes de ressources volumineuses.
Mais l'unité de mesure favorite des économistes est la monnaie. Celle-ci permet de compter des flux ou des stocks avec le même étalon de mesure.
Les flux sont des quantités de monnaie qui circulent : c'est à dire toujours des revenus, car dans une économie marchande on ne se délivre de ses sous que pour rémunérer un bien ou un service. Le PIB est donc une mesure de flux évalué sur une période donnée, généralement une année.
Les stocks sont des quantités de n'importe quelle grandeur évaluable à un instant t en unités monétaires. Évidemment, la question du prix rend délicate la mesure d'un stock en monnaie. Selon que vous évaluez votre maison au prix que vous l'avez achetée il y a 25 ans ou au prix que vous espérez la revendre aujourd'hui, votre stock de patrimoine immobilier n'a pas la même valeur. Par conséquent, le montant de cette richesse est très discutable, car les prix fluctuent.
En revanche, si vous avez emprunté de l'argent dont vous avez remboursé une partie, il est possible d'arrêter les comptes à un moment donné et de mesurer le montant qu'il vous reste à rembourser : cette dette est un stock (d'argent que vous n'avez pas) dont la valeur n'est pas discutable.
Vous pouvez également posséder des titres financiers, dont la valeur est également aléatoire, car elle dépend de la variation du cours de ces titres sur les marchés financiers.
Voilà pourquoi l'État préfère imposer et taxer les revenus car leur valeur n'est pas discutable : ainsi, la TVA taxe des dépenses de consommation, qui sont des flux, et bien sûr les revenus du travail, qui en sont aussi.
Là où ça se complique, c'est que beaucoup de stocks évaluables monétairement génèrent des flux de revenus. La richesse accumulée fait des petits et crée de la richesse. Alors que vos revenus n'en créent pas, sauf si vous en accumulez une partie sous forme d'épargne.
Le projet de Zucman est d'imposer cette forme de la richesse qui fait des petits. Il impose un stock de capital accumulé. C'est donc littéralement un impôt anti-"capital"iste.
Mais ce n'est pas un impôt qui réduira la richesse. Il la fera juste changer de mains.
Si j'étais ultra riche, je paierais cette taxe avec la partie de ma richesse constituée d'actions pourries, dont la valeur est sur le point de s'effondrer.
Histoire d'en profiter pour assainir ma situation financière personnelle et de démontrer que la richesse reste quelque chose de très fragile.