Il y a encore plus réjouissant que les erreurs de prévisions des instituts de sondage... ce sont les erreurs de prévision de ceux qui critiquent les instituts de sondage !
Alexandre Dézé, maître de conférence en sciences politiques à l'université de Montpellier et enseignant à Sciences Po Paris est l'auteur de "10 leçons sur les sondages politiques".
Après 9 leçons techniques visant à démontrer au lecteur qu'il connait son affaire, la 10e arrive en apothéose :
"Leçon No10 : Comment apprendre à reconnaître un mirage sondagier ? Le cas du FN/RN".
Hypothèse de départ : "La production sondagière occupe une place centrale dans la manière dont le FN/RN est perçu et appréhendé".
Affirmation difficilement contestable, dans la mesure où elle s'applique à peu près à n'importe quel parti politique en raison de l'omniprésence des sondages en matière électorale.
Mais notre politologue averti insiste :
"Les médias entretiennent une vision en partie biaisée de la réalité politique du FN/RN, alimentée par des données d'enquête qui s'avère discutables tant du point de vue de leur modalités de production que de la façon dont elles sont interprétées".
Conclusion :
"On peut estimer que ces enquêtes contribuent à entretenir une représentation fantasmagorique du FN/RN en décalage avec ce qu'il est réellement".
Une preuve ? A l'heure où il écrivait ces lignes (et ce n'est pas il y a 20 ans, mais tout juste 3 ans), le RN/FN n'avait pas plus de 23 députés européens et 6 députés nationaux, alors qu'il y avait au mieux "24 % des personnes interrogées qui citent le FN en tête des parties "qui comprennent le mieux les gens"".
Mais notre expert anti sondages nous explique qu'il ne faut pas confondre une affinité avec le programme avec de "véritables intentions de vote". Oui, certes... jusqu'où jour où.
A la rentrée prochaine, ses étudiants vont devoir acheter l'édition mise à jour du bouquin de leur professeur : car les députés RN ont fait + 33% en UE et x 24 à l'assemblée nationale ! Pour un mirage, ça commence à être très réel comme présence politique, non ?
Alors bien sûr je ne doute pas que, à l'instar des instituts de sondage lorsqu'il se plantent, notre critique des sondages saura nous expliquer, mais après coup, pour quelles raisons précises il s'était trompé dans son évaluation de la surévaluation des sondages !
Si mon avis sur la question intéresse quelqu'un, je vais le poser ici :
Les indicateurs sont toujours les martyrs des réalités qui nous dérangent. Ça vaut pour le PIB comme pour les sondages d'opinion.
Les résultats des sondages, pas si précis que peuvent le croire ceux qui commentent la moindre variation de quelques dixièmes de points, mais pas si faux que le racontent ceux que la mesure du monde rend malade, ne sont que des miroirs dans lesquels on peut choisir ou pas de se regarder.
Mais si on se trouve moche, il est inutile de casser le miroir : notre tête sera exactement la même après notre coup de colère.
En un peu plus énervée.
Les sondeurs politiques se trompent-ils toujours ? "Dix leçons sur les sondages politiques", d'Alexandre Dezé.
Il y a pire que de mal faire des sondages, c'est de mal les critiquer, pour rassurer son lectorat. Dire qu'un partie extrême est sur-estimé juste avant qu'il fasse un carton dans les urnes, c'est ballot, non ?
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