"Where there's a will, there's a way !" comme on dit aux USA quand on a réussi.
S'il y a une idée-force que les croissancistes partagent avec les transitionneurs, c'est que "quand on veut, on peut".
Lisez attentivement les phrases suivantes en les imaginant sorties de la bouche d'un candidat écologiste fermement décidé à mener l'économie sur le chemin de la transition :
"Notre monde va affronter un problème redoutable : la dégradation catastrophique de notre environnement et notamment le phénomène de réchauffement de la planète qui semble s'aggraver. (...)
Nous devons nous montrer à la hauteur et agir. Il faut choisir de créer un monde meilleur. Il ne se fera pas sans nous. (...)
Les difficultés éventuelles ne viendront ni de la technologie ni de l'économie. Le vrai problème relève de la politique au sens le plus large du terme : la mise en commun des ressources et la résolution collective des problèmes...
Il faut commencer par définir une idéologie qui transforme les clivages traditionnels entre gauche et droite. Cette nouvelle idéologie se caractérise par une pensée globale et à long terme, et par son ouverture d'esprit... Un avenir meilleur est à la fois souhaitable et accessible."
C'est pas beau, ça ?
Mais attendez la suite.
Ces citations sont tirées d'un essai que tout le monde a oublié et que j'ai trouvé par hasard dans une bibliothèque de vieux bouquins.
Les trois auteurs américains, dont le nom ne dira rien à personne, l'ont publié en 1999. Il a été traduit en français l'année suivante.
Voici le projet qu'ils défendaient :
"Notre ouvrage expose le projet d'un monde meilleur... La nouvelle économie globale peut atteindre un taux de croissance remarquable à un rythme sans précédent, d'où une prospérité accrue dont pourraient profiter des populations laissées à l'écart jusqu'à présent... Chose non moins importante, cette croissance économique n'est pas condamnée à mettre l'environnement en péril. Il existe déjà des procédés et des sources d'énergie capables de remplacer les technologies industrielles polluantes. Nous pouvons placer le monde sur une trajectoire qui, au cours du XXIe s., rétablira un parfait équilibre entre l'économie et la nature."
Il s'ensuit une litanie de promesses autour de l'hydrogène, des biotechnologies et des nanotechnologies. Toutes ces innovations devraient "diminuer la pression sur les ressources naturelles et pour finir supprimer la pollution au cours du XXIe siècle. Si vous procédez à partir de l'atome comme le fait la nature, il n'y a aucun déchet. Aucun."
Bilan, un quart de siècle et une crise financière majeure plus tard : aucune de ces promesses n'a été réalisée et l'urgence environnementale est à son comble.
Une seule consolation : de nombreux investisseurs en nouvelles technologies ont fait fortune entre-temps. Les auteurs avaient prévenu :
"Au-delà de toutes les bonnes raisons écologiques, cette décision peut même être une excellente affaire économique".
La transition pourrait l'être aussi.
La grande croissance (1999) de Peter Schwartz, Peter Leynden et Joel Hyatt
Présentation de l'éditeur : "Le livre qu'il faut impérativement lire pour comprendre la "nouvelle économie" et le monde nouveau auquel elle va donner naissance".