"Quel sera l'intérêt d'exister, pour les machines ?"
A la lecture de cette question, tout s'est bousculé dans ma tête comme dans un thriller américain, quand ce qui était une somme de souvenirs disparates prend soudain tout son sens.
J'ai vu défiler en accéléré toutes mes lectures du "Système technicien" de Jacques Ellul, du "Mythe de la singularité" de Jean-Gabriel Ganascia, du cycle des robots d'Isaac Asimov, des épisodes de Black Mirror, d'"Homo Deus" d'Harari et bien sûr des délires de Laurent Alexandre sur la guerre des intelligences.
Comment ai-je pu rater un argument aussi évident contre la singularité ?
Pour ceux qui l'ignorent, c'est ainsi que l'on désigne ce moment futuriste très hypothétique où les machines prendraient le pouvoir sur les humains, en raison d'un développement très avancé de leurs capacités de traitement de l'information et de fabrication de tout ce qui est nécessaire à leur survie.
Leur survie, justement. Je ne m'étais jamais arrêté sur ce point.
Et puis là, au milieu de commentaires d'anciens petits garçons fascinés par la puissance de leurs jouets, une femme est venue poser cette question faussement naïve :
"Quel sera l'intérêt d'exister, pour les machines ?"
On connaît bien les motivations des transhumanistes : lutter contre leur finitude, vaincre enfin la mort. Une fois surmontées toutes les difficultés de l'existence, une fois installés dans un confort extrême et n'ayant jamais rencontré de pépin de santé qui ne se soigne pas, les transhumanistes n'ont plus qu'une préoccupation : tenter de faire durer le plaisir le plus longtemps possible.
Car, justement, et c'est ça qui est excitant, ça ne peut pas durer éternellement.
Mettons-nous maintenant dans la "peau" d'un robot ayant acquis une forme d'intelligence supérieure à la nôtre : quel sera le moteur de son existence ? Pourquoi continuer à mobiliser toutes ses nouvelles facultés pour l'entretien et le prolongement de son existence ? En quoi cela lui serait-il utile d'exister ? Quel plaisir retirerait-il du fait de supporter les contraintes lourdes de l'existence (qui nécessite de mobiliser beaucoup d'énergie et de gaspiller ses ressources pour le simple plaisir d'être simplement là) ?
Pour les humains, on a une petite idée de la réponse à cette question : c'est la possibilité de voir croître sa puissance qui peut motiver les humains à faire durer encore le plaisir. D'ailleurs, la vie biologique étant bien faite, elle nous retire progressivement nos moyens de profiter de l'existence avant de nous ôter définitivement la vie. Ce qui fait que l'on part avec moins de regrets.
Certes, quand notre esprit garde toutes ses capacités, les regrets peuvent être importants de laisser derrière nous ceux qu'on aime. Mais voilà encore une chose que les machines ne connaîtront jamais : l'attachement affectif.
Alors, quel sera l'intérêt d'exister, pour les machines ?
Cherchez bien : il n'y en a aucune.
Les machines s'éteindront d'elles-mêmes, juste après nous.
Les machines ont-elles des angoisses existentielles ?
L'humanité, on sait globalement ce qui la motive : rester en vie pour repousser l'angoisse de sa finitude. Mais les machines, elles, qu'est-ce qui les motive ? La peur d'être débranchées ?
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