Je n'ai pas l'âme d'un activiste du climat...
Je suis, au pire, un simple observateur des conséquences environnementales de nos folies productivistes, au mieux un pédagogue des mécanismes qui mènent tout droit du système thermo-industriel sans limites à sa propre destruction.
Et comme un pédagogue s'inquiète de l'avenir de ses étudiants, j'ai accompagné les miens à la journée de promotion des métiers du tourisme.
J'avais deux motivations en organisant cette sortie. La première était de permettre à mes élèves de mettre les pieds dans cette forteresse impressionnante que constitue le ministère de l'économie et des finances de Bercy. Ce serait un euphémisme de dire qu'ils entrent rarement dans un lieu de pouvoir : ils n'y vont jamais. Et ils ont été légitimement impressionnés. L'État prend une certaine consistance quand on découvre la dimension des lieux dans lesquels il s'exerce.
Ma deuxième motivation était de remettre en main propre le rapport sur l'impact climatique du tourisme, récemment publié par Carbone 4, à Olivia Grégoire, notre ministère déléguée au tourisme et à plein d'autres secteurs d'activités.
J'ai failli échouer. Je n'ai pas su saisir la première occasion que j'ai eu de lui parler pour souligner autre chose que l'absence de problématique environnementale dans les stands installés par les professionnels du secteur. Seuls les promoteurs de l'hôtellerie de plein air (les campings) ont cru bon d'afficher la dimension durable de leur forme de tourisme.
Carole Grandjean, ministre déléguée à l'enseignement professionnel, a tout juste eu le temps de m'assurer que la préoccupation environnementale était bien dans tous les esprits qu'elles étaient parties voir ailleurs si je n'y étais pas.
Furieux de n'avoir pas mené à bien ma mission, j'ai réussi à m'interposer devant la ministre un peu plus tard. Et je lui ai remis la version noir et blanc du rapport de Carbone 4, de la part de Jean-Marc Jancovici. "Jancovici ? Je le connais bien, rassurez vous, je reçois tous ses rapports. Vous le saluerez de ma part". Il m'a avoué un peu plus tard ne l'avoir croisée qu'une seule fois. Ca ne suffit peut-être pas pour "bien se connaître". Mais peu importe, au fond.
Car j'ai pris une belle leçon, ce matin, en observant tout le monde se féliciter que 90 millions de touristes annuels en France, ça constitue tout de même une belle médaille d'or. Une médaille à ajouter à celles que nous apporteront les jeux olympiques de 2024, qui étaient conviés à la fête, entre les interventions d'Aéroports de Paris et une série d'animations en réalité virtuelle.
Quand nous avons quitté ce lieu d'influence, mes élèves rêvaient entre eux de leurs prochaines destinations touristiques. Ils m'ont dit : "Ne venez pas écouter notre conversation, Monsieur, ça va vous déprimer".
Ils n'ont pas tout à fait tort : car je n'ai juste aucune foutue idée de la façon dont on va bien pouvoir sortir un jour de notre impasse environnementale.
Je me demande si je ne devrais pas essayer de devenir un activiste du climat, finalement...
Un vrai.