"Au début, on prenait un Uber pour rentrer parce que ça coûtait moins cher qu'un ticket de métro".
Évidemment... Mon fils me confirme ce qui a fait le succès de cette entreprise de l'économie « du partage » : être un secteur de production low cost qui n'assume pas du tout la majeure partie de ses coûts de production, en les faisant porter par d'autres.
Je le savais depuis 2016, date de sortie de "Ce qui est à moi est à toi" de Tom Slee. Je savais aussi que les pratiques d'Uber pour échapper aux contrôles des autorités municipales relevaient de mensonges et de manipulations éhontées.
Un article du New York Times (voir Courrier International du 23/03/17) racontait qu'Uber avait mis au point un logiciel pour feinter les autorités locales. Ce logiciel repérait si une course était demandée par un policier local : par exemple, par le biais de la banque associée à la carte de crédit ou par le profil du demandeur sur les réseaux sociaux. Si tel était le cas, l'application du policier affichait des voitures fantômes permettant de faire croire qu'aucune voiture n'était disponible.
Mais si on pose que l'agressivité dans le monde des affaires est une qualité, peut-on affirmer quand même sans broncher que ce modèle a prix cassés à le moindre avenir ? Comme chez AirbnB, le coût de génie a été de profiter des investissements déjà faits par des particuliers ayant acheté leur véhicule et de leur demander d'assurer une main d'œuvre pas cher.
Le projet, surtout, était de tenir assez longtemps pour mettre à terre tous les services concurrents bien installés pour, au bout du compte, remporter le pactole, une fois atteinte la fameuse taille critique. En ayant, bien sûr, profité des premières années de générosité des investisseurs pour racheter tout ce qui de près ou de loin peut favoriser ou défavoriser (pour le faire disparaître) le développement de cette boîte.
Mais si Amazon a fini par gagner à ce jeu-là, Uber a juste eu un gros coup de bol, par le biais des confinements. Car c'est à cette occasion que l'activité de livraison de repas à domicile a littéralement explosée, compensant la chute drastique des activités de VTC, chute due en partie aux confinements eux-mêmes mais aussi aux réglementations prises rapidement pour empêcher cette situation indécente de casse des prix par non-paiement des coûts réels de l'activité.
En fait, tout était foireux, dans le modèle économique d'Uber, y compris (et surtout) les emplois qui n'en sont pas et dont se vante notre président. Uber a été une opportunité pour des gens débrouillards de faire "des sous" pour améliorer leur quotidien, à condition bien sûr de savoir se lever tôt et se coucher tard, ce qui est, selon le président et les économistes qui fondent leurs théories sur des dictons populaires, le sommet de la compétence professionnelle.
En réalité, que ça émeuve ou non notre président, Uber est un sous-modèle non viable à moyen terme d'un grand modèle qui l'est encore moins, à long terme.
Pas de quoi se vanter.
"Ce qui est à moi est à toi", de Tom Slee Contre Airbnb, Uber et autres avatars de "l'économie du partage".
Tom Slee offre ici une synthèse lucide et documentée des enjeux liés à ce qu'on appelle l'économie du partage ou collaborative. Tranchant comme un rasoir, "Ce qui est à toi est à moi "montre que parce que ce modèle offre à quelques- uns la possibilité de gagner des fortunes aux dépens des collectivités, il n'est rien de moins que délétère sur les plans social, urbain et économique.